Les artisans du caftan : broderie, sfifa, aakad et métiers d’art
Un caftan n’est pas cousu par une seule paire de mains. Derrière la coupe, il y a le galon tressé, le bouton monté un à un, la broderie comptée point par point — des métiers distincts, portant chacun son nom.
Ces gestes se voient mal en photo : ils tiennent dans quelques centimètres de bord, d’encolure ou de manche. Cette page leur donne leur nom, dit ce qu’ils font, et mène aux maisons de l’annuaire Caftan Du Maroc qui les font vivre — sur le vêtement comme sur l’objet.

Ce que l’UNESCO a reconnu en 2025
En 2025, lors de sa vingtième session, le Comité intergouvernemental de l’UNESCO a inscrit « Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, sur candidature du Maroc.
La fiche officielle ne parle pas seulement d’un vêtement : elle décrit une chaîne de métiers. Des tisserands, qui produisent le brocart, le velours et la soie. Des tailleurs, qui façonnent le vêtement. Et des artisans, qui créent les boutons, les galons et les broderies.
Elle précise aussi comment ces savoirs se transmettent : de manière informelle, au sein des familles et par l’apprentissage en atelier, ainsi que par des formations. C’est dire que la reconnaissance ne porte pas sur des pièces de musée, mais sur des gestes encore exercés.
Source : fiche UNESCO no 02077 — décision 20.COM 7.b.33.
Trois gestes, trois noms
Là où la fiche UNESCO dit « boutons, galons et broderies », les ateliers marocains emploient leurs propres mots. Ils ne figurent pas dans le texte officiel — ce sont ceux du métier.
La sfifa, le galon tressé
La sfifa est le galon tressé à la main qui borde l’ouverture, les manches et l’encolure. Elle n’est pas un ornement ajouté : elle termine le bord, le tient, et donne à la pièce sa ligne. C’est souvent à elle qu’on reconnaît la main d’un atelier.
L’aakad, le bouton monté un à un
L’aakad — orthographié aqad dans les fiches de notre annuaire — désigne le bouton recouvert de fil tressé, avec la bride qui le reçoit. Ils ferment le devant du caftan et se posent un par un ; une pièce peut en compter plusieurs dizaines. Le mot circule sous plusieurs graphies, comme tout ce qui passe de l’arabe dialectal au français.
Le tarz, la broderie
Le tarz est la broderie. C’est le poste le plus long, celui qui sépare une pièce de cérémonie d’une robe longue : fil d’or, fil de soie, perles, exécutés à la main sur un tissu déjà coupé.

Le point de Fès
Parmi les broderies marocaines, celle de Fès a un statut à part. Le point de Fès est une broderie comptée : le fil suit la trame du tissu, fil après fil, ce qui produit ces motifs strictement géométriques — losanges, étoiles, damiers — et, dit-on de longue date, un envers presque aussi net que l’endroit.
Sur nos photographies, il apparaît le plus souvent en une seule couleur sur fond clair — rouge, noir ou bleu. C’est la discipline de ce point : peu de couleurs, beaucoup de rigueur.
Ce savoir-faire n’est pas resté sur le caftan. Il se pose aujourd’hui sur des sacs, des poufs, des coussins, des babouches — c’est précisément le travail de Biyadi, dont les pièces ont été exposées lors d’une édition parisienne de Caftan Du Maroc.
Les maisons d’artisanat de l’annuaire
2 maisons d’artisanat figurent aujourd’hui dans l’annuaire. Elles ne façonnent pas de caftans : elles appliquent à l’objet les mêmes gestes, et les mêmes matières.

Où ces gestes se portent
Les artisans travaillent le plus souvent pour les maisons de couture, sans signer la pièce. On les retrouve donc là où elles décrivent leur méthode : 20 maisons de notre annuaire nomment explicitement la sfifa et l’aakad dans leur savoir-faire.
Parcourir l’annuaire des maisons · Le caftan de mariée et la takchita
Vous exercez l’un de ces métiers ?
Brodeur, passementier, tisserand, artisan de l’objet : l’annuaire s’ouvre à celles et ceux qui font.
Rejoindre l’édition